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Un autre monde en marche ! Un autre monde en marche !

vendredi 20 avril 2007

« Nous voulons être les porte-voix des sans-voix, de ces millions de citoyennes et de citoyens qui souffrent de la précarisation sociale et des discriminations. Nous voulons dire qu’une alternative est possible à celles et ceux qui ne croient plus à la gauche traditionnelle, qui se sont insurgés en votant massivement “ non ” au projet de Traité constitutionnel européen, en se révoltant dans les quartiers populaires, en rejetant le CPE. Notre projet est le fruit d’une expérience et d’une réflexion menées par les militants et les acteurs du changement social. Il résulte d’un travail collectif sans équivalent qui a rassemblé toutes les composantes de la gauche antilibérale. Nous voulons que les citoyennes et les citoyens soient démocratiquement appelés à conduire et à contrôler la transformation sociale. Notre programme est un outil à la disposition des électrices et des électeurs pour qu’ils se réapproprient l’exercice du pouvoir. »
José Bové

« La politique doit s’attaquer à la racine du système qui sécrète les inégalités, les souffrances et les destructions. Il faut donc mettre en oeuvre l’insurrection citoyenne de tous ceux sans qui la société serait devenue une jungle et modifier la donne à gauche. »
Jacques Perreux

Introduction
Ya basta ou la candidature rebelle !

« Il n’y a aucun mal à être le plus à gauche possible », Maurice Kriegel-Valrimont

Dès son annonce, notre candidature collective et unitaire proposant sur son bulletin de vote le nom de José Bové a eu pour ambition de rassembler ceux et celles qui, à gauche, avaient voté « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Au cœur du projet, il y a d’abord et avant tout la ténacité de l’espoir de l’unité. De l’unité de cette multitude de courants et de combats dont nous savons qu’elle est capable de soulever des montagnes en démultipliant les forces de chacun. La demande d’unité est là, forte, bien qu’amoindrie et blessée par les décisions unilatérales des directions de la LCR et du PCF.

L’objectif est la mobilisation de ces millions de citoyens qui désespèrent de la politique parce qu’ils n’y trouvent pas de réponse à leurs aspirations, ces millions d’électeurs populaires, qui par leur mobilisation ou leur abstention, changent les rapports de force dans le pays et dans la gauche. Il s’agit, enfin, de permettre que débouche sur le plan politique ce qui s’exprime dans la protestation, la rue, la grève ou la révolte. Il s’agit de donner un porte-voix à ceux qui pensent que la politique les a durablement oubliés et ne se souvient d’eux qu’au moment des élections, à ceux qui souffrent de toutes les exploitations et oppressions, humiliations et discriminations. Il s’agit de l’insurrection électorale de celles et ceux qui, par millions, chaque jour, « en bas », dans les quartiers, les entreprises, les villages, les services publics, les écoles, les hôpitaux, la Poste, refusent la logique qui transforme toute chose en marchandise. Ces millions-là le savent : la politique doit s’attaquer à la racine du système qui sécrète les inégalités, les souffrances et les destructions. Il faut donc mettre en œuvre l’insurrection citoyenne de tous ceux sans qui la société serait devenue une jungle et modifier la donne à gauche.

À ceux qui se demandent pourquoi un élu communiste, vice-président du conseil général, ne soutient pas Marie-George Buffet et soutient José Bové et, pour aggraver son cas, en est le directeur de campagne, je dirai qu’il y a trois raisons.

La première, c’est que la faute de Marie-George Buffet, tout comme celle d’Olivier Besancenot, est pour moi impardonnable, car elle a gâché un espoir énorme. Si je votais pour Marie-George Buffet, j’encouragerais le Parti communiste à préférer sa chapelle plutôt que l’intérêt général. Si je votais pour elle, ce serait une façon d’oublier que des gens paieront chèrement le fait que nous n’aurons pas su réaliser l’unité des forces antilibérales. Je sais bien que certains pensent que lorsque l’on est dans un parti, il faut être discipliné – je l’ai été – et respecter la loi de la majorité. Mais la respecter ne veut pas dire se soumettre à des idées que l’on rejette. Hier, tout le monde a trouvé normal que des socialistes appellent à voter « non » au référendum alors que leur parti appelait à voter « oui ». Aujourd’hui des militants de tous horizons font prévaloir l’intérêt de l’unité par rapport aux positions de leur organisation. Il n’y a pas de quoi en faire un drame. Cela veut dire sans doute que les partis existants ne correspondent plus aux attentes et qu’il faut inventer autre chose.

La deuxième raison qui m’a conduit à soutenir cette candidature, c’est que les combats et les engagements de José Bové me parlent et me touchent : contre la malbouffe et l’américanisation de toutes les formes de culture, contre les OGM, pour l’altermondialisme et la nécessité de penser globalement pour agir localement. J’étais au Larzac en 2000 pour empêcher l’emprisonnement de José. C’était ma première rencontre avec lui. Au petit matin, en débarquant du train, avec Christian Favier nous nous sommes présentés à lui et il nous a dit : « Vous êtes vraiment des chic types, les communistes ! » Mes passions et mes combats pour l’eau comme bien commun et droit fondamental des hommes sont aussi pour beaucoup dans mes prises de position aujourd’hui. Je me souviens avoir eu l’occasion, à Porto Alegre, d’expliquer à José pourquoi le combat contre la marchandisation de l’eau dans le monde exigeait que nous menions la bataille en France pour le retour en régie de la gestion de l’eau. Alors que ces idées n’étaient pas évidentes dans mon propre parti (c’est le moins que l’on puisse dire), je me souviens avoir eu son soutien, y compris pour que le Val-de-Marne accueille le Forum social européen, précisément sur les questions de l’eau et de l’environnement. Et puis, il y a eu l’autre Larzac, en 2003 : ces heures et ces heures d’embouteillages, ces kilomètres à pieds et ce fantastique débat dans lequel j’intervenais pour sensibiliser aux batailles de l’eau et croiser des idées avec des militants d’autres sensibilités. Enfin, moi qui ai mené des actions pour la libération d’Angela Davis, de Nelson Mandela et de Yasser Arafat, je me suis dit que quelqu’un qui consent à aller en prison pour ses idées pouvait devenir un bon président de la République…

La troisième raison est sans aucun doute la plus importante. Certains d’entre nous chantent « Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun » ; d’autres affirment « Ni Dieu ni maître ». Nous ne demandons rien de cela à José. Ce qui importe, c’est que l’espoir, le mouvement, le renouveau s’incarnent dans cette candidature. S’y sont donné rendez-vous tous les partisans de l’unité : des communistes, des socialistes, des membres de la lcr, des Verts, des membres de Convergence citoyenne, des libertaires, des militants des réseaux de quartiers, des militants issus de l’immigration, des altermondialistes, des féministes, des syndicalistes, des associatifs, des électrons libres, des militants se considérant comme « indépendants politiquement actifs », des « ex » en tous genres. Ils se sont rassemblés en faisant prévaloir que le plus important n’était pas son organisation ou son réseau, mais l’intérêt général. L’intérêt de se rassembler, de mettre en commun toutes ses expériences, ses compétences et ses savoir-faire et de construire ensemble. C’est ce qui donne confiance dans l’avenir. Parce que la gauche telle qu’elle est aujourd’hui ne fait pas l’affaire. À chaque fois qu’elle gagne une élection, la fois d’après elle la perd parce qu’elle a déçu. Avec cette gauche-là, on ne va pas au combat mais au renoncement. Il nous faut inventer une nouvelle gauche, une gauche alternative, qui ne soit pas derrière l’une ou l’autre des forces existantes. C’est le sens de la candidature de José Bové : une candidature trait d’union, l’expression même de la nécessité du croisement, de la rencontre et du métissage de tous ces combats.

En tant que directeur de campagne, je vois progresser ce rassemblement autour de la candidature de José Bové, avec ses difficultés et parfois ses tensions, mais aussi avec ses prouesses : les 500 comités créés en quelques semaines et leurs trésors de dévouement, d’inventivité, de volonté. Oui, une autre gauche est déjà en marche : une gauche alternative qui rejette et surmonte les divisions coûte que coûte. L’échéance électorale passée, la question qui reste posée est celle de la mise en commun, de l’émergence d’un rassemblement politique permanent, qui bouleverse de fond en comble la donne à gauche, un rassemblement qui mette en marche cet autre monde auquel nous aspirons, un rassemblement qui rende possible un autre avenir.

Jacques Perreux


Voir en ligne : Bové : un autre vote est possible, un autre vote est en marche !