Logo de ce site

Accueil > Politique > Diabolisation ou faits établis ? Sortir de la confusion

Présidentielle 2007 - 2ème tour

Diabolisation ou faits établis ? Sortir de la confusion

mardi 1er mai 2007

Il semble que la nouvelle manière de faire de la politique soit d’accuser de diabolisation tous ceux et celles qui ne pensent pas comme soi.
Décidément que ne ferait-on pas pour bâillonner la parole ?
Que ne ferait-on pas pour détourner l’attention de nos concitoyens du nécessaire besoin d’apprendre à penser par eux-mêmes.
Car enfin, doit-on attendre d’un homme ou d’une femme politique qu’il nous persuade de voter pour lui, ce qui bien entendu a le mérite de nous dispenser de tout effort de réflexion ou devons-nous collecter par nous-même les informations concernant les valeurs de nos candidats ?

J’ai eu la chance d’avoir au programme de mes études un travail approfondi sur les deux tomes du livre aujourd’hui malheureusement introuvable à ma connaissance :
LE PENSER EFFICACE Editions SEDES 1966
P.R. BIZE - P. GOGUELIN - R. CARPENTIER
Tome 1 : LE FONCTIONNEMENT MENTAL P-R. BIZE - R. CARPENTIER 397 pages !
Tome 2 : LA PROBLEMATION P. GOGUELIN 372 pages !
En voici la très courte préface :
Quatorze milliards de cellules nerveuses
dans le cerveau ; soit, en équivalence, un
ordinateur occupant quatorze kilomètres
carrés.
Alors qu’en faire ?
Mais peut-on se poser cette question ?

On trouvera dans le tome 1 un excellent chapitre intitulé :
II. - LA DÉFORMATION MENTALE
ET PLUS SPÉCIALEMENT PROFESSIONNELLE
COMME OBSTACLE AU PROGRÈS DE L’HOMME
ET DES ENTREPRISES HUMAINES
Les auteurs y passent en revue les métiers et professions suivantes :
ajusteur, médecin, enseignant, magistrat, policier, militaire, marin, inspecteur, homme politique, ingénieur, fonctionnaire, technocrate

Nous passerons en revue trois d’entre eux, l’homme politique, le magistrat et le policier.

L’homme politique
Il y aurait beaucoup à dire et la place nous oblige à ne dire que peu. L’homme politique est situé entre trois instances : l’électeur, le parti et le pays ; bien entendu, c’est surtout le premier qui compte puisque c’est lui qui le nomme ; et le second parce que c’est lui l’aide ; le pays vient ensuite, mais lui aussi est facteur de déformation partisane car c’est au-delà que l’homme politique devrait porter son regard, au niveau de la planète. Obligé de plaire, il prend l’habitude de faire passer le mirage avant la réalité ; astreint à son parti, il s’assujettit à une doctrine au détriment de la réalité. Il devient rapidement l’esclave de trois mythes : celui de l’égalité des hommes, celui de la génération spontanée de l’argent et celui de la bonne volonté universelle ; or, les hommes ne sont pas identiques, l’argent est limité même chez ceux qui le possèdent, et les hommes de bonne volonté sont rares. On conçoit ainsi que d’illusions en illusions, car le peuple tient à ses mythes et ces mythes ne sont que des mythes, une civilisation conduite uniquement par la démagogie court progressivement à sa déchéance.

Le magistrat
La fonction du magistrat est de juger d’après trois instances : le code, l’homme qui est en face de lui et la société. Or, il est très commode ou de ne s’en référer qu’au code (il n’y a qu’à appliquer le règlement), ou de ne voir que l’homme (il n’y a qu’à écouter son coeur) et partant de pardonner toujours, ce qui est facile. La conséquence en est à la fois une assez haute idée de soi, puisque l’on se situe au-dessus de l’humain courant, - une sorte de tension permanente de l’esprit avec, en raison du souci exclusif de la vérité, un risque de sécheresse du coeur. En outre, une perspective faussée de l’humanité, puisque l’on n’a à juger que des coupables, c’est-à-dire des fauteurs de toutes sortes, déformation identique à celle du médecin qui a tendance à ne voir que des malades. Les dangers sont divers : des crises de conscience avec introduction progressive du doute ; psycho-rigidité, car c’est un moyen de ne pas laisser pénétrer le doute ; parfois altération compensatrice de la morale, car il y a bien quelque tentation, lorsque l’on se doit être sérieux, à donner issue au non-sérieux qui existe chez chacun.

Le policier
La mission du policier est de faire respecter l’ordre. Il est donc investi d’une autorité, laquelle à ses yeux prend rapidement figure d’une haute autorité et qui n’est pas exempte parfois de brutalité. Sa déformation, comme celle du magistrat, est de ne voir que des coupables ; il sait qu’il en existe du haut en bas de l’échelle sociale ; aussi, devient-il rapidement désabusé, systématiquement sceptique, voire même cynique. Le coupable se défend, le policier devient donc méfiant non moins systématiquement ; dans la lutte avec le coupable naît le besoin de « l’avoir » à son tour, car il est homme après tout, et ce besoin développe des tendances sadiques. Enfin, les contaminations ne sont pas rares et, au rigorisme du début, peut faire suite l’habitude d’arrangements qui arrangent chacun.

avec cette conclusion :
"... Trop de conscience tue l’action et, comme on ne peut à la fois prendre conscience et agir, mieux vaut prendre conscience un peu après l’action que trop avant."

Quant au programme des candidats, je me méfie beaucoup de la question du programme.
Il y a à mon sens une manière masculine d’envisager la chose :
présenter quelque chose d’apparemment bien construit avec des dates, des échéances, des actions à accomplir, un chef pour manager le tout
et une manière féminine privilégiant la délégation, l’écoute, la souplesse, l’adaptation, "l’ici et maintenant".
C’est pourquoi prétendre que le programme de Monsieur SARKOZY est plus étayée que celui de Madame ROYAL me paraît être une pure illusion.
Un beau discours n’a jamais fait un programme qu’il vienne de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs !
Des phrases pleines d’aplomb et d’arrogance ne sont certainement pas un critère suffisant pour démontrer la force morale d’un individu et encore moins le fait de rassembler 40 000 personnes à un meeting !
Nous devrions tous et toutes être soucieux de la manière dont apprécions la crédibilité de telle ou telle déclaration.

Il y aurait beaucoup à dire des symboles utilisés par nos candidats et candidate.
Le drapeau français est loin d’être le seul symbole.
Pour moi, Bercy est le symbole du spectacle !
Quand on ne trouve pas l’autorité en soi-même, on fait appel à une autorité extérieure...
Il est également fréquent que ce soient les victimes elles-même qui défendent leur bourreau...
Tout ceci devrait nous donner à réfléchir !

Je ne peux pas m’empêcher de rapprocher les notions de prévention de la délinquance, le recours à une critique virulente de Mai 68, la récupération d’une bonne partie de l’électorat de Monsieur LE PEN, le meeting de Bercy, l’instrumentalisation qui a été faite par Monsieur SARKOZY de la révolte des banlieues et d’y rechercher la logique qui sous-tend l’ensemble des déclarations de Monsieur SARKOZY.
Il y a derrière tout cela un système de valeurs et un choix de société. Alors n’y-a-t-il pas mieux à faire que d’aller à Bercy ou de se passionner pour le débat qui très certainement opposera nos deux candidats à la télévision le 6 mai 2007 ?

Deux articles du monde diplomatique ont particulièrement retenus mon attention tant ils me paraissent être au coeur du débat.

Voici un extrait du premier avec le lien qui vous permettra de lire l’article :

Prévention de la délinquance, façon Sarkozy

La discipline s’impose dès le berceau
Enjeu majeur du débat politique français depuis 2002, la délinquance juvénile est l’otage de tous les discours. Ceux-ci sont en passe de se transformer radicalement, sous l’impulsion d’un nouveau courant de pensée. De rapports en expériences de terrain, les « comportementalistes » — au premier rang desquels le candidat à la présidence de la République Nicolas Sarkozy — envisagent les conduites à risques comme un problème de santé publique, décelable dès le plus jeune âge par l’application d’un certain nombre de critères. La réponse à la délinquance résiderait ainsi dans la détection précoce et individuelle des risques de déviance. Les causes de la violence ne seraient dès lors plus à rechercher du côté du système social, mais dans les faiblesses et limitations des enfants et de leur famille.
Par Hacène Belmessous

Voici la présentation du numéro de Mai 2007 du Monde Diplomatique :

Dans le numéro de mai 2007
Après ce curieux « printemps de la démocratie » qu’a constitué le premier tour de l’élection présidentielle, les Français et les Françaises s’apprêtent à voter à nouveau le 6 mai. La question sociale reste une préoccupation majeure, et le scandale Airbus illustre les aberrations d’un capitalisme uniquement voué à la rentabilité boursière. Davantage encore qu’à M. Noël Forgeard, il profite à M. Arnaud Lagardère, « ami » et « frère » de M. Nicolas Sarkozy. Bien que peu présente dans la campagne, la « discrimination positive », thème de notre dossier, reste d’actualité, tant la situation dans les quartiers dits « sensibles » est explosive. Mais le bilan des expériences étrangères est mitigé, aux Etats-Unis comme en Afrique du Sud, où le principe d’« embauche équitable » a eu des effets pervers ; en Inde, le système des « places réservées », étendu aux intouchables, commence à montrer ses limites.

Croyons-nous sincèrement que ce soit un débat télévisé qui va nous permettre de choisir ?

J’aimerais que chacun et chacune puisse réfléchir à ceci :
Est-ce que "l’habileté de la langue" et le "pouvoir de persuasion" sont en eux-mêmes des garanties de la fiabilité de ceux et celles qui les utilisent ?

Aucun d’entre nous ne peut échapper à la nécessité de faire des recherches, de recouper les informations. C’est à mes yeux à la fois un travail passionnant mais aussi fastidieux. J’y consacre pour ma part une à deux heures par jour depuis plusieurs semaines en m’efforçant de d’alimenter ma réflexion de courants de pensée extrêmement diversifiés, même si certains me donnent la nausée !

Il faut aussi tenter de prendre en compte une multiplicité de facteurs et de paramètres.

Je suis frappé par la disparité des moyens de campagne dont dispose un Nicolas SARKOZY devant un José Bové. C’est très probablement un rapport 1à 10 000 !

Et pourtant leur écart électoral entre nombre de voix au résultat du vote du 1er tour de l’élection présidentielle de 2007 est dans un rapport de 1 à 30.

Le niveau d’exposition médiatique devient ni plus ni moins qu’une publicité et l’on sait bien que le but de la publicité n’est pas d’aider à réfléchir mais de vendre. On sait tout autant que les entreprises qui font des profits ne consacreraient pas des millions d’Euros à la publicité si cette dernière n’apportait rien. On comprendra donc aisément qu’utiliser "sa position de minisitre de l’intérieur" pour médiatiser ses actions et occuper le terrain médiatique à deux mois des élections constitue en soi une évidence choquante qui devrait alerter chacun et chacune !
Quand on sait que les patrons de plusieurs grands groupes de presse sont des amis de Monsieur SARKOZY, osera-t-on encore parler de diabolisation ou voudra-t-on enfin ouvrir les yeux sur la réalité d’une véritable politique d’influence ?

Dans cette perspective, je n’hésite pas à dire que Oui, Monsieur SARKOZY est un danger pour notre démocratie et pour nos libertés.
Et ça n’est pas l’accusation de diaboliser ce personnage qui pourra nous empêcher de réflechir !
Que le fait de dire la vérité puisse nuire au résultat escompté, à savoir que Monsieur Nicolas SARKOZY soit battu aux élections présidentielles ne saurait être une raison pour se taire sauf à penser que "la fin justifie les moyens". Je ne suis guère optimiste sur le résultat des élections dimanche soir. Mais je garde ma confiance totale en la capacité de l’être humain à ouvrir les yeux, à se développer, fut-ce parfois aux prix de douloureuses expériences.
Oui ! Un autre monde est possible !
Les utopies d’aujourd’hui seront les réalités de demain.
Qui aurait imaginé qu’un jour nous irions sur la lune il y a un siècle ou deux !
Qui oserait imaginer que le monde dans lequel nous vivons puisse enfin respecter chacun(e) et la planète ?
J’en suis et vous ?

Les 7 piliers du néo-libéralisme