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REVEIL-MATIN

lundi 14 avril 2008

Le moment le plus important de la journée ?
Son commencement, le lever, cette quotidienne naissance trop souvent baclée.
Réveil-matin brutal, impérieux. Sursaut, repli au creux du lit, et extraction d’un corps rétif, avec l’entrain du condamné quittant sa cellule pour l’échafaud.

Le lever ne fait ainsi que répéter chaque matin le drame originel de l’expulsion hors du ventre maternel, alors qu’il pourrait, au contraire, être l’occasion de réparer les dégâts, de remédier aux séquelles de notre mise au monde. Ceci, à la condition d’accorder le soin qu’il mérite à cet accouchement de soi par soi hors du sommeil.

Question préalable : quand se lever ? Tôt ? Tard ?
A beaucoup, : la question ne se pose pas. Les horaires de travail commandent.
Et la Sagesse des Nations affirme que le Monde appartient à qui se lève tôt. _ Mais ne peut-on dire, tout aussi bien, que la Nuit appartient à ceux, à celles qui se couchent et lèvent tard. A ceux-ci le monde du rêve, à ceux-là le rêve du pouvoir sur le monde.
Tôt ? Tard ? Ni mieux l’un que l’autre. Certains sont du jour, d’autres de la nuit. Par nature, comme l’aigle et le grand-duc, comme la pie et la chouette, ou par comportement réactionnel. Vous pouvez sortir du lit par sympathie envers le soleil levant ou par vif appétit de tâches à mener à bien, ou parce que nous n’aimez ,guère le lit, tout ce qu’il implique au fond d’abandon de soi, de non-vigilance, tout ce qu’il représente de farniente et jouissance, tout ce qu’il sent, moiteur, prairies chaudes, bêtes accouplées, et tout ce qui s’y passerait si... au lieu d’ouvrir les yeux, on ouvrait les narines.

D’autres, au contraire, s’attardent « au plume » par goût de tout : ça ! Et/ou par crainte du-jour, de la clarté, par fuite des responsabilités, des soucis qui, tapis au chevet, guettent, becs prêts à déchiqueter le plaisir de l’insouciance. _ Le lit peut être cocon, abri précaire, lieu de réparation des forces en vue de productivité, voilier de haute mer, crique solitaire, champ de bataille, rivière où tous les chevaux du roi viennent boire ensemble lonla...

Le lit est si différemment vécu par les uns les autres qu’il y a autant de bons que de mauvais moments pour le quitter. Mais la manière de s’éveiller influence la qualité de la journée.

Se jeter hors du lit n’est pas à recommander. Soit, j’en connais qui, s’ils n’y allaient d’un saut, ne se lèveraient peut-être jamais. Seule façon pour eux d’en finir avec l’inconfortable hésitation : j’y vas-t’y, vas-t’y pas ?

N’empêche, cette espèce de brutalité envers soi-même est dommageable. Dorlotez votre accouchement. Soyez, à votre propre égard ,une sage-femme bienfaisante, et non un fanatique des enfantements dans la douleur. Passer brusquement d’une longue station allongée à la station verticale choque la masse cérébrale par modification trop rapide de la pression sanguine. Cela peut déclencher des maux de tête. Dans les expériences de relaxation profonde et d’alphatisation, le retour à l’état de vigilance est toujours amené progressivement. Le passage, sans transition, d’une onde cérébrale à une autre, de celle du sommeil ou du rêve à celle de l’état de conscience, est nocif. Il convient donc de ménager des étapes.

Vous êtes encore dans les vapeurs du sommeil, étendu, engourdi.
Serrez les poings, doucement, progressivement, et laissez-les s’ouvrir, resserrez-les plus fort et laissez à nouveau vos mains s’épanouir, plusieurs fois. Même chose pour les pieds : recroquevillez les orteils et laissez s’étendre, s’épanouir, ces pauvres doigts de pied qui, toute la journée, vont être écrasés par des chaussures insensées.

Ensuite - ça, c’est délicieux, simple, et relativement pratique - écoutez votre corps, sentez bien les parties de votre corps qui ont envie de s’étirer, laissez venir les sensations de besoin d’étirement et, sans volontarisme de votre part, étirez, pas trop fort, à moins qu’un de vos muscles réclame d’être tendu à fond. Donnez satisfaction à votre corps, laissez les mouvements venir, du ventre, des jambes, du cou, du tronc... selon leur bon plaisir, à leur gré, sans plan préconçu, sans systématisme. Étirez, contractez, dépliez, lovez-vous, enroulez-vous, déroulez.vous.

Vous vous redressez lentement. Assis au bord du lit, le jour coule à vos pieds.

Quelques petits auto-massages seront maintenant les bienvenus, ,mélange de frictions et de caresses, des mains, du visage, du cuir chevelu, de cette sacrée nuque raide, des épaules, du plexus, des genoux et surtout des pieds, ces porte-bonheur tant méconnus.

Et vous voilà debout sans presque y avoir fait attention. Si vous vous sentez molasson, tapotez l’intérieur des cuisses, Ça revigore.

Bien ! Très bien ! Mais il en faut du temps ! Vu le temps que les :gens consacrent à se tourmenter, à se donner du mal, je ne crois pas que quelques minutes ainsi distraites à se donner du bien soient de trop. Mais les enfants à s’occuper, le linge à repasser, le travail, etc... D’accord, d’accord, continuez, personne à votre place ne peut vous offrir l’occasion, et le cadeau du bien-être.

Toutefois, si vraiment tout ceci vous semble long, dois-je encore ajouter que rien, là, n’est obligé. Faites selon vos nécessités ou à votre suffisance. Occupez-vous, par exemple, d’une seule de vos mains, et même d’un doigt, le petit tenez. Il vous prendra peu de temps, ce modeste, Je ne plaisante pas ! Accordez une petite minute d’attention, à l’un ou l’autre de vos petits doigts. _ Réveillez-le comme un enfant chéri, câlinez-le, étirez-le, repliez-le, détendez-le, massez-le avec affection, autant que vous en éprouvez à votre endroit - si vous en éprouvez, bien sûr, ça ne se commande pas. Levez-le maintenant et suivez-le. A sa suite, vous voilà debout et avec sympathie pour une part de vous. Dès le réveil, rencontrer une personne qu’on aime, soi par dessus le marché, belle aubaine !
Bernard LHÔTE

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