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Accueil > Biosynergie > Héliades > Héliades N°14 > PATHOLOGIE DE L’ALCOOLISME

PATHOLOGIE DE L’ALCOOLISME

dimanche 8 juin 2008

Il nous est particulièrement agréable de constater l’évolution bénéfique de la commission « Biosynergie pour enfants ». Des stages de plus en plus nombreux s’organisent et connaissent un succès très mérité.
Depuis peu, plusieurs relaxologues assurent avec succès des stages de réinsertion pour des alcooliques ayant terminé une cure de désintoxication. Nous les remercions vivement d’avoir bien voulu ouvrir la voie pour que d’autres puissent continuer et développer un « Service » très attendu. L’article ci-dessous du Dr Cyrus Iranpour, peut, il nous semble, aider à une meilleure compréhension des difficultés spécifiques des alcooliques.

Yves Ropars.

LA PATHOLOGIE DE L’ALCOOLISME.

La pathologie de l’alcoolisme est hélas peu connue du public qui n’en perçoit que certaines manifestations le plus souvent bruyantes et graves. Des préjugés erronés persistent toujours expliquant beaucoup de comportements irrationnels face au fléau alcool.

Ce deuxième article a pour but de décrire les contours de cette pathologie, qui, remise dans son contexte socio-psycho-médical, demeure en dernière analyse extrêmement complexe. Cette connaissance est nécessaire pour une approche thérapeutique de l’alcoolique.

A) l’alcool est un poison pour tout l’organisme.

L’alcool est un poison. Il n’existe pas dans la nature et est systématiquement nocif pour l’organisme. Les effets chroniques apparaissent grâce à une alcoolisation régulière et plus ou moins durable (cette dernière est en fait extrêmement variable). La rapidité plus ou moins grande et la quantité d’alcool avec lesquels les troubles peuvent apparaître changent beaucoup d’un individu à l’autre. Il est impossible de les connaître d’avance. En tous cas, d’une façon générale, toute substance toxique ou étrangère qui entre dans l’organisme doit être éliminée. Les aliments sont assimilés après transformation sous forme de molécules organiques normales. L’alcool étant un toxique, l’organisme essaie donc de s’en exclure car à l’inverse des aliments ce poison passe directement dans le sang et imbibe par consé-quent tout l’organisme, lequel essaie de s’en débarrasser de deux manières différentes :
- directement (sans transformation) par les poumons (d’où l’alcootest), les urines, la peau, c’est une très petite quantité.
- après transformation : la plupart des cellules sont capables de métaboliser l’alcool mais c’est essentiellement le foie qui s’en charge pour 90 à 95 %. Le reste est transformé par les cellules rénales, musculaires, cérébrales, etc. d’où la sensibilité du foie à cet égard et la fréquence de la cirrhose hépatique dont il existe en France plus d’un demi-million de cas - 16 000 en meurent chaque année- . Le moment est venu ici de dénoncer un certain nombre de préjugés qui ont la vie dure et demeurent encore coriaces dans l’esprit du Public mais dont on peut démon-trer la fausseté grâce aux acquisitions scientifiques sûres :
- L’alcool n’apporte pas de calories : c’est uniquement en provocant une dilatation des vaisseaux que l’individu se chauffe un peu (et pendant une courte durée). La chaleur dégagée ne provient pas de l’alcool mais de l’énergie thermique de l’individu lui·même. Il provoque par conséquent une perte de calories dans des conditions non-naturelles et comme, en même temps, les défenses de l’organisme ne sont pas renforcées contre le froid, l’alcoolique est davantage sujet à la pneumonie.

- L’alcool ne procure pas de force musculaire : il n’apporte pas de calories qui puissent être utilisées par le travail mécanique et perturbe même la combustion métabolique normale : l’impression du travailleur de force est donc purement subjective.
L’alcool désinhibe seulement, enlève le souci et l’angoisse et apaise le vécu de la souffrance et de la douleur.
- Enfin, l’alcool atteint et affaiblit l’organisme de tous les points de vue. Les statistiques sont claires, les buveurs d’habitude (même si ils ne sont pas classiquement malades de leur alcoolisme) vivent moins longtemps que les non-buveurs. L’alcool agit en profondeur et de façon insensible. L’évolution de l’atteinte globale de la vitalité de l’organisme comporte des aspects impondérables. Et la pathologie ne se manifeste, de façon évidente, qu’après un certain temps d’usage de boissons alcoolisées. Nous essayons de voir d’abord ici les aspects cliniques de ces manifestations pour aborder plus loin le problème extrêmement délicat de l’évolution globale de l’éthylique. Mais avant d’aborder ces troubles d’origine alcoolique, il faut bien distinguer les perturbations résultant d’une alcoolisation aiguë chez un non-alcoolique de celles· issues de l’alcoolisme habituel. Entre les deux, les frontières sont floues parce qu’il y a des sujets qui peuvent présenter très vite (après quelques jours d’alcoolisation) certains des troubles alcoolopathiques de l’alcoolisme chronique mais ceci est plutôt rare (par exemple une gastrite, un délirium alcoolique, etc.).Le propos de ces articles étant l’alcoolisme (qui implique l’habitude donc la chronicité), je ne décrirai pas ici en détail la crise de l’ivresse banale que, pratiquement, tout le monde connaît assez bien -précisant simplement que si l’individu absorbe une trop grande quantité d’alcool au-delà d’une certaine dose, il sombrera obligatoirement dans le coma alcoolique qui, en absence de traitement peut aboutir à la mort. D’autre part, on sait que l’ivresse n’est pas vécue de la même manière par tout le monde. Certains sortent même complètement de leur état normal et peuvent devenir pour un temps, fous. Cette folie revêt principalement trois formes :
- Ivresse délirante avec notamment des délires de jalousie.
- Ivresse furieuse avec agitation motrice et explosive et état de fureur terrifiante .
- Ivresse hallucinatoire ressemblant beaucoup au délirium tremens (voir plus loin).
Ces ivresses ne sont cependant possibles que le plus souvent chez des personnes présentant des troubles neuropsychiques plus ou moins évidents.

B) les perturbations provoquées par l’alcoolisme.

Aucune maladie ne se produit « brutalement ». Il y a toujours un ou plusieurs facteurs qui agissent de façon générale et durable. (tempérament, erreurs alimentaires, vie malsaine, etc.). On sait même qu’un accident (occasionnant par exemple une fracture) n’est pas toujours tout à fait « anodin » et que ce serait toujours les mêmes individus qui auraient des accidents ou les mêmes accidents ! ... Quoi de plus normal, parce que l’individu est une totalité commensurable avec la totalité de l’univers et tout agit sur tout, (on est souvent auteurs inconscients d’interactions invisibles au premier abord)... En ce qui concerne l’alcoolisme, les causes sont également multiples, mais aussi l’émergence des manifestations pathologiques (gastrite, délire, cirrhose, polynévrite, etc.) signe simplement un stade de la maladie (l’alcoolisme) ayant déjà évolué sourdement et à l’insu de l’individu... Contrairement à certaines descriptions encore classiques, ces manifestations ne constituent pas « l’alcoolisme » mais plutôt ses conséquences (appelées actuellement de plus en plus alcoolopathies). Il serait cependant indispensable de les connaître d’autant que, et ceci est extrêmement important, ces troubles caractérisent la période d’intolérance (voir plus loin) dont la constatation doit déterminer chez le thérapeute (médecin ou non) une attitude thérapeutique simple et désormais péremptoire que je décrirai dans le prochain article. Il faut bien souligner que ces symptômes n’apparaissent pas tous chez le même individu ni dans le même ordre, ni de la même manière. D’autre part, beaucoup de ces symptômes se produisant au niveau des organes internes (foie, pancréas, cerveau, estomac) restent durant un certain temps occultés, évoluant sans bruit. Ce n’est le plus souvent que lorsque les lésions auront atteint un certain degré de gravité que les signes s’extérioriseront sous forme de douleurs, de vomissements, de perturbations radiologiques, etc. Le sujet ne peut accepter l’idée que pendant ce temps « d’incubation », l’alcoolisme oeuvrait continuellement et progressivement (autrement dit qu’il était alcoolique !) ... L’alcool reste intact et véhiculé tel quel par, le sang, imprègne rapidement l’organisme. Il agit sur tous les tissus et organes et particulièrement sur l’appareil digestif et le système nerveux qui sont souvent les premiers organes ou apparaissent les troubles dont je décris ici très brièvement les plus importants.

1) le tube digestif.
Parmi les premiers signes : des renvois, des aigreurs, de la pituité matinale, c’est-à-dire vomissement. matutinal à jeun de liquide glaireux témoignant des lésions œsophagiennes, et de gastrite (qui est une inflammation de l’estomac s’accompagnant de ballonne-ments, de sensations de pesanteur ou de crampes). Ensuite : diarrhées, anorexie, intolérance alimentaire (en particulier par rapport à la viande et aux graisses), hémorragies intestinales, hémorroides, etc. De plus, il est tout à fait établi que la conjonction tabac-alcool favorise considérablement certains cancers digestifs.

2) Le foie.
Le foie est un organe indispensable dont les cellules spécifiques (parenchimateuses) remplissent de nombreuses fonctions fondamentales pour l’organisme. La cellule hépatique est obligée chez le buveur d’habitude de modifier son métabolisme afin de s’adapter à l’ingestion régulière d’alcool qu’elle doit s’efforcer d’éliminer en le transformant. Ceci aboutit dans nombre de cas et progressivement, à la cirrhose, maladie très fréquente dans les régions vinicoles. La cirrhose constitue une atteinte irréversible de la cellule hépatique qui perturbe considérablement l’ensemble du métabolisme de l’organisme lequel devient très vulnérable eu égard à toutes agressions extérieures (microbiennes, mécaniques, etc.). Les symptômes de la cirrhose sont extrêmement nombreux dont : amaigrissement, hémorragies, oedème, augmentation du volume de la rate, anorexie, troubles neuro-psychiques, etc. L’individu condamné meurt inexorablement de sa cirrhose. Cependant, en général, celle-ci met plus ou moins longtemps pour se constituer. Avant la phase cirrhotique vraie, le foie passe par d’autres stades encore réversibles à condition de cesser toute ingestion de boissons alcoolisées. Ce qui hélas, ne se produit pas dans la majorité des cas ! ...

3) Le pancréas
Une autre glande indispensable de l’organisme, participe à la digestion et sécrète entre autre l’insuline, l’hormone capitale dans la régulation du sucre dont ont besoin toutes les cellules de l’organisme. Son atteinte provoque souvent douleurs et hémorragies.

4) Le système cardio-vasculaire.
L’alcool favorise ou provoque de nombreux troubles cardiaques ou vasculaires chez les buveurs d’habitude. Cause d’artériosclérose et d’accumulation de graisse autour du coeur, il occasionne un surmenage cardiaque permanent, l’embolie et par la suite , un ramollissement cérébral. Le buveur d’habitude est davantage sujet à l’hypertension artérielle que la population normale. L’alcoolisme peut être responsable d’insuffisance cardiaque. Par ailleurs, beaucoup de médicaments pour malades cardiaques sont incompatibles avec l’alcool -ce qu’ignorent beaucoup de patients.

5) L’alcoolisme et la sexualité.
Un préjugé très enraciné dans l’imaginaire collectif veut que l’alcool augmente les capacités sexuelles. Ce problème, apparemment simple mais très complexe, n’a été élucidé de façon sûre que depuis quelques années grâce à des investigations psychiques et physiologiques et à des études de profils et de terrains psychologiques de nombreuses personnes. L’ensemble de ces recherches montre que l’alcool chez le non-alcoolique stimule plutôt le désir et non la puissance sexuelle et ceci par l’action du mythe attaché à l’alcool. Chez le sujet alcoolique, l’étude est encore plus difficile parce que l’évaluation de la sexualité antérieure est complexe et le contexte de la vie conjugale très problématique et conflictuel. En tous cas, les effets ne sont pas meilleurs que chez le non-alcoolique. De plus chez l’alcoolique, comme on pourrait s’y attendre, la fonction génito-sexuelle est perturbée et on note une baisse des hormones mâles et même une destruction des cellules germinatives testiculaires alors que le patient désinhibé (au niveau idéique et du passage à l’acte) se croit « favorisé » par l’alcool lequel diminue peu à peu le besoin sexuel, et rend finalement le sujet impuissant. Les attentats sexuels sous alcool doivent donc s’expliquer par la facilitation au passage à l’acte. Il y a également pendant la période avancée de l’alcoolisme une certaine libération des pulsions instinctives de toutes sortes, suite à la destruction des fonctions psychiques supérieures (intellectuelles, éthiques... ). Ce qui aboutit également aux attentats sexuels domestiques classiques des éthiliques.

6) L’alcoolisme et le système nerveux.
L’alcool est un toxique pour le système nerveux. Il est d’ailleurs utilisé pour cette toxicité. La manifestation la plus banale de l’intoxication aiguë qui en résulte est l’ivresse que nous connaissons tous. L’alcool n’augmente véritablement ni le courage moral, ni la volonté, ni les forces psychiques. Il a simplement un effet anesthésique contre soucis, angoisses, douleurs et lève les inhibitions. Peu à peu, l’alcool agit sur toutes les fonctions nerveuses et psychiques, les sensibilités s’émoussent, la motricité est perturbée, (tremblements), les nerfs périphériques sont atteints (polynévrite avec crampes musculaires, hypersensibilité douloureuse de la plante du pied, fourmillements, etc.) et apparaissent progressivement les troubles psychiques : augmentation de l’irritabilité, l’alcoolique ne supporte ni les bruits, ni les contrariétés, il devient violent, irrascible mais insensible de plus en plus aux soucis matériels, et menteur (perte des fonctions éthiques). Le sommeil se perturbe, se peuple de cauchemars, la mémoire baisse. Il en arrive à halluciner des images et des voix, et à délirer. La forme la plus spécifique du délire alcoolique est le délirium tremens : le sujet en plein état de veille commence à trembler, entre dans un état de confusion mentale, fait des gesticulations bizarres (pour éviter des individus ou agressions imaginaires) ou exécute des gestes professionnels dans le vide, il interpelle des personnages fictifs, dialogue avec eux et, le plus souvent, voit en hallucination une myriade de petites bêtes (rats, chiens, cochons, araignées, etc.) l’attaquer, la terreur peut alors s’emparer de lui qui essaie de fuir, il peut lui arriver d’ouvrir les fenêtres et de se jeter du haut de son appartement - geste que les observateurs peuvent, à tort, confondre avec une tentative de suicide. L’aspect le plus typique de ce délire éthylique est l’expression du visage du patient qui atteste d’un désarroi et d’une confusion immédiatement perceptible.

Cette crise peut cependant se présenter sous une forme atténuée, on parle alors de prédélirium. (Il constitue toujours et au même titre une urgence médicale et thérapeutique). Le patient est fébrile, tandis que l’état général est habituellement très détérioré. En absence d’un traitement d’urgence, le sujet meurt. Ce délire alcoolique peut survenir soit plus ou moins spontanément, soit suite à un stress (émotionnel, mécanique, microbien) soit suite à un sevrage. Peu il peu, les fonctions mentales s’effondrent et l’individu sombre dans le démence. Le cerveau présente à l’examen histologique, des zones de destruction et de dégénerescence importantes. Ce qui est extraordinaire, c’est que, dans presque tous ces cas, ces troubles régressent considérablement si le patient cesse de boire et accepte un traitement approprié, à telle enseigne que même le malade atteint de la démence alcoolique récupère suffisamment pour ne plus être dément. (Il redevient lucide et se réoriente dans le temps et dans l’espace).

7) La transformation de la personnalité de l’alcoolique
L’action toxique de l’alcool s’exerçant sur tous les organes de la vie physique et psychique, il est évident que la personnalité de l’individu est atteinte inévitablement. Les résistances individuelles sont différentes mais les conséquences, tôt ou tard, finissent par revêtir les mêmes aspects. En tous cas, l’effet prolongé de l’alcool ne peut être que destructeur, il ne peut résulter de l’usage habituel de l’alcool, l’émergence d’un talent littéraire, esthétique ou autre, (de même que l’alcool ne peut augmenter la puissance sexuelle, au contraire !). Cependant le préjugé qui consiste à admettre une certaine créativité due à l’alcool est admis par plus d’une personne. Par contre tous les grands talents qui se sont adonnés à l’alcoolisme ont dégénéré systématiquement. L’aspect global de cette transformation sous l’alcool se caractérise donc par la destruction. L’intellect s’affaiblit. La concentration devient de plus en plus difficile. Les performances s’émoussent. La mémoire baisse progressivement (surtout celle des faits récents et d’évocation). L’activité syntaxique et verbale s’appauvrit. le raisonnement perd sa force et sa lucidité et le caractère sa souplesse. La contrôle de soi se réduit. Le patient devient irritable et agressif, il ne supporte pas la lumière, la contrariété. Susceptible et de plus en plus égoiste, il devient violent et tyrannique. Sur le plan éthique, l’affaiblissement est également graduel et inévitable : par une sorte de destruction des fonctions psychiques supérieures, le désadaptation socio-professionnelle et morale s’installe. Le sujet ment, ne paie pas son loyer, n’attache plus aucune importance à ses engagements, se méfie de tout le monde … Un des traits de caractère de l’alcoolique que l’on constate finalement avec une extraordinaire constance dans la trajectoire de l’alcoolique, ce sont les idées et sentiments de jalousie qui peu à peu donnent naissance à un véritable délire de jalousie (toujours amoureuse, sexuelle ou conjugale). Le patient triangularise la situation, introduit un tiers (imaginaire) dans la vie du couple et pense que son épouse le trompe : jalousie qui se couronne dans nombre de cas par un drame.

8) Les effets spécifiques de l’alcool chez la femme.
Le sexe féminin correspond à une structure génétique et hormonale différente. Cette différence confère une sensibilité particulière à l’organisme de la femme par rapport à l’alcool. Elle est globalement plus fragile que l’homme vis à vis de ce poison et ceci de tous les points de vue : pour la même quantité d’alcool absorbé dans les mêmes laps de temps et dans les mêmes conditions (de poids, d’alimentation, etc.), l’alcoolémie chez la femme est supérieure à celle de l’homme. De même que dans des conditions identiques, la cirrhose se produit plus facilement chez la femme. La mortalité par alcoolisme est également plus importan-te chez elle... D’ailleurs, l’alcoolisme féminin correspond à des problèmes psychiques plus graves. Il est, en quelque sorte, plus névrotique et comporte une charge importante de culpabilité le plus souvent, un état dépressif sous-jacent. C’est un alcoolisme clandestin, la femme se cache pour boire. Les valeurs et le sens des conduites d’alcoolisation ne sont pas les mêmes pour la femme chez qui, socialement, l’on apprécie pas le comportement. Il lui faut donc franchir un pas pour devenir usager d’alcool ! Toutefois, avec la « libéralisation » du statut social de la femme et son évolution dans le même sens que celle de l’homme, la différence tend à s’estomper.

C) L’évolution générale de la maladie.

La vie est faite d’un ensemble de processus en évolution permanente ; l’organisme réagit en fonction du milieu qui change lui-même de façon incessante : chaque moment de la vie est une création. On comprend qu’elle pose un problème ! Normalement, l’organisme (psycho-physique) affronte ces problèmes en adoptant un comportement physiquement et psychiquement (les deux toujours et à la fois !) qui constituent la solution. Il y a aussi pour certains, « solution alcool » qui vient s’interposer entre les réactions souhaitables et « possibles » de l’organisme et le milieu. Le jeu (de la vie) sera donc dès lors faussé. Cette solution artificielle devenant comportement habituel, constitue le vécu de l’alcoolisme lequel évolue par trois grandes étapes. La frontière est certes floue entre ces trois étapes qui demeurent cependant valables pour une description globale ; d’autre part, la durée de chacune de ces phases est extrêmement variables selon les individus. Par exemple, la phase du début pourrait durer vingt jours ou vingt ans !

1) Le début : tolérance et accoutumance.
Durant cette période, l’organisme s’habitue à l’alcool en adaptant son chimisme, il en tolère des quantités de plus en plus importantes... Mais le problème de la tolérance par rapport à une substance étrangère est très individuel : la simple injection d’aspirine à quelqu’un peut provoquer la mort chez lui ou une réaction inflammatoire ou bien être tolérée sans problème. Il en est de même, par exemple, pour la pénicilline à laquelle certains sont allergiques. On connaît également le cas de personnes allergiques au lait ou aux féculents ; on pourrait ainsi multiplier les exemples. En tous cas, les réactions des organismes sont très différentes quand il leur faut s’adapter à l’alcool. Il y a également un facteur biologique individuel qui explique le degré de la tolérance à l’alcool (l’intolérance peut se déclarer quand d’autres facteurs viennent diminuer la tolérance.) Or toute agression extérieure peut la réduire : maladie, traumatismes affectifs ou mécaniques, etc. En effet, certains individus peuvent tolérer des quantités considérables d’alcool et pendant très longtemps. Cette tolérance peut s’effondrer un jour, dès lors elle ne réapparaît plus. (Ceci est une notion empirique capitale et nécessite d’adopter la règle d’or d’abstinence). Le sujet ne peut plus se permettre de rester en dessous du seuil où apparaissent des troubles, ni obtenir à plus forte raison les mêmes performances. le mécanisme reste encore en partie mystérieux...
A ce stade, le patient (qui ne se croit pas normalement malade) obtient le plaisir nécessaire sans être pour autant gêné par une perturbation psychique ou physique. (C’est la période de la tolérance !). C’est souvent une période d’agrément et de rêve. Il tire un certain bénéfice de l’alcool. Le plaisir issu de l’alcoolisation est également très variable surtout dans son intensité. Certains vivent un véritable conte des mille et une nuits. Le plaisir intense d’autres sujets (très rares) atteint même ce que certains toxicomanes (de drogues dures) appellent « flash ». Le patient « voyage », son voyage intime est bien sûr très « personnel ». Il ne peut le faire partager par les autres. De telle sorte que même quand il est dans cet état parmi les autres il ne communique pas son vécu avec eux. Ainsi au fil de sa trajectoire, il en arrive de plus en plus à s’isoler, d’autant plus que les facultés psychiques baissant, la communication devient progressivement difficile et pauvre. Mais, il ne voit pas encore la nécessité d’arrêter de boire. Il continue donc à utiliser l’alcool encore plus fréquemment. Pour obtenir une transformation de son état et établir une distance entre lui-même et moults problèmes quotidiens par rapport auxquels il arrive à conserver ainsi une certaine sérénité ... Mais peu à peu, il atteint un stade où il ne peut plus être bien que quand il boit. Et boire l’empêche d’avoir des troubles psychiques et physiques désagréables. C’est déjà l’apparition de la dépendance. Celle-ci se manifeste donc par des symptômes apparaissant quand l’individu manque d’alcool (le syndrome du manque) : sensation de fatigue - impression de vide - tremblements impatience - tension nerveuse - état général de malaise indescriptible - impossibilité de concentrer l’attention - anorexie - aboulie - transpiration - etc.
Pendant cette période, le patient croit encore pouvoir maitriser. Il continue donc sur cette illusion à boire ne sachant pas que le travail d’aliénation et de destruction s’opère à son insu, en profondeur dans son organisme et inévitablement.

2) Phase d’intolérance.
La période d’intolérance commence à partir du moment où apparaissent les troubles. Nous les avons vus, ils sont nombreux, variables, et très relatifs dans leur intensité. De telle sorte que l’intolérance est quelque chose d’à la fois relative (dans sa gravité) et générale. L’individu à cette phase, encore davantage isolé, néglige tout dans sa vie. Il ne supporte plus l’alcool, comme par le passé et s’enivre souvent avec des doses moindres. Les rares tentatives d’abstinence spontanées sont sans lendemain. Elles peuvent durer quelques jours ou un peu plus, le temps de lui prouver qu’il a pu, pour un temps, cesser de boire. Mais l’alcoolique reprend de plus belle, car il y a là une règle empirique de la plus haute importance thérapeutique : quand l’intolérance apparaît vraiment, le sujet ne peut plus· boire comme tout le monde (comme à ses débuts). Il ne pourra plus maîtriser la quantité de l’alcool. Cette phase peut durer plus ou moins longtemps (nous avons vu que toutes les agressions microbiennes, mécaniques, ou les stress psychologiques, peuvent précipiter l’apparition de l’intolérance).
Le sujet peut continuer encore certaines tâches sociales et à travailler - travail où il répète toujours les mêmes catégories de gestes. Il ne peut affronter des situations et nécessités, nouvelles... Sans traitement, il s’achemine vers la troisième étape.

3) Phase terminale.
Le malade ne vit plus, à ce stade, que pour boire. Il a déjà abandonné travail et toute vie sociale, aux prises avec toutes sortes de troubles psychobiologiques. Son état aboutit à une déchéance physique et psychique grave et un jour, la mort survient par une quelconque crise ou complication intercurrente.
L’alcoolisme concerne tout le monde. Qui n’a pas ou n’a pas eu un(e) ami(e), un(e) fiancé(e), un père, un grand-père, un collègue ou un parent alcoolique ? ...
Drames et préjudices occasionnés par l’alcoolisme sont innombrables, l’alcoolisme est d’évidence une maladie de tout l’homme : Il l’atteint physiquement, psychiquement, et spirituellement tout en étant également maladie sociale et culturelle. La thérapeutique de l’alcoolisme, on s’en doute, est des plus difficiles, les échecs sont habituels, les succès relativement rares. Mais, les bilans des recherches font constater, actuellement, que les attitudes thérapeutiques les plus courantes ne sont pas celles que ces mêmes recherches considèrent comme « convenables » ... A défaut de pouvoir réussir, éradiquer l’alcoolisme comme une maladie quelconque ou même d’ambitionner des victoires dans la plupart des cas, on pourrait au moins commencer par adopter des règles de traitement (essentiellement psychiques) qui s’avèrent impératives à beaucoup de spécialistes depuis quelques deux décennies. (Pour les alcoologues et les thérapeutes habituels des malades alcooliques).
La connaissance de la pathologie et de ces règles de traitement, l’expérience le prouve, pourra nous permettre de réussir dans un nombre non négligeable de cas. C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

Dr Cyrus lranpour.

Messages

  • Bonjour,
    Je viens de découvrir cet article (et le site), le père de mes enfants avec qui je vis depuis 30 ans est régulièrement sous l’emprise de l’alcool, comme on dit joliment : malade alcoolique. Depuis 6 mois il a développé à mon encontre un délire de jalousie. Notre vie est devenue un enfer. J’aurais souhaité que l’on puisse rencontrer le docteur Cyrus Irampour qui a décrit si justement ce que je vis. Fait-il des consultations ? Ou pourrais-je avoir ses coordonnées ?
    Merci de votre réponse.