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Le Balancier

dimanche 9 décembre 2012

Je te reconnais, ma vieille pendule. Près de l’entrée, c’est toi qui de toute ta hauteur accueille dans cette maison chaque nouveau visage. . .

Tu sais avec quel amour j’ai décapé ta vieille caisse droite. . . Tu es si vieille et si solide, peut-être deux cents ans ! . . . Une main rustique et poète a sculpté sur ta porte de chêne un grand coeur, la coquille Saint-Jacques en bas. . . et sur la boîte moulurée qui enferme le cadran, deux petites tulipes naïves. J’aime ton cadran simple, sans signature, orné de fleurs roses émaillées, et des aiguilles de cuivre ouvragées. J’ouvre la petite porte du haut, et tu me montres ton mécanisme doré, entraîné par deux lourds poids. Derrière eux, la tige droite du balancier et son petit poids de plomb ouvragé suivent leur chemin de va et vient rythmé.

Tic, tac ; tic, tac ; tic, tac. . .
- Pendule, tu es le plus bel objet de notre maison.
- Merci ; es-tu bien sûre que je sois seulement un objet ?
- Oh pardon . . . Je n’ai pas voulu te vexer ; c’est vrai, lorsque tu t’arrêtes, la maison est tout perdue... C’est comme si. tu lui donnais vie avec ton rythme tran­quille et ton chant cristallin égréné chaque heure.
- Tic, tac ; tic, tac. . .
- Parle encore. . . J’aime. . . car tu berces et tu rassures, mais tu sais être aussi très inquiétante. . . Tiens, tu me fais penser à la mer ! Mais, dis, cela ne t’ennuie pas de faire toujours la même chose ?
- C’est mon rôle. . . Tic, tac ; tic, tac ; toi, tu peux choisir de faire ce que tu aimes, mais tu peux aussi choisir d’aimer ce que tu fais. . . Tic, tac ; tic, tac ; ma place à moi, elle est de marquer l’heure dans ta maison . . . Tic, tac. . . Et toi, quelle est vraiment ta place ?
-Hum...
- A ton âge ! Tic, tac ; tic,tac ; tic,tac . . .
- Arrête un peu . . . Je n’ai plus envie de t’entendre . . . " Tu me parles trop de ma mort et de l’infini . . . Je sais après moi, tu continueras toujours à marquer imperturbablement le même temps . . . à scander la vie d’autres personnes. Tu l’as fait pour combien d’autres avant moi ? . . . et je n’y pense pas ! . . . Tu sais, je n’aime pas être absente de la vie. . .
- Par hasard, tu ne serais pas de ceux qui veulent tout tout de suite ? Ceux-là ne font jamais rien . . . As-tu réfléchi ? Pourquoi le temps ? Pourquoi ton corps ? Je suis bien aise de te voir pour une fois allongée tranquille, à te poser cette question. . . Dis-moi ?
- Ce corps m’enferme. . . le temps aussi ; moi, je ne veux pas de limite . . . Tu comprends maintenant pourquoi j’accélère parfois en passant devant toi . . . pour ne pas entendre ta rengaine.
- Pense un peu : le corps t’est donné, le temps t’est donné, mais pas encore la liberté ! . . . Et si le temps était un moyen pour apprendre à ton corps à communiquer, à aimer, à « voler ». Il y a un apprentissage à la liberté. Ap­prends à être libre.
- Pendule, dans ta fidélité à dire chaque seconde, que sais-tu de la liberté ?
- Rien. . . ou presque rien. . . juste comme une intuition. L’instant et la durée ont fait de moi une pendule intuitive. . . Tu peux avoir un avant-goût de la liberté lorsque tu vis pleinement l’instant présent. Essaie . . . Tu choisiras après. . . Le passé, c’est comme la lanterne de ton présent ... L’avenir, c’est le chemin ouvert . . . Mais vis ta route ! De toute ta conscience, avec toutes tes richesses, réussis l’aujourd’hui. Si tu veux devenir « Homme », ne rates pas une seconde, . . . tu peux voir, je suis à l’heure . . .
- Tic,tac ; tic, tac ; tic, tac. . .
- Mère de la sagesse, je te salue ! Rythme la paix de cette maison !

Annie POUS.