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HISTOIRE POUR ENFANTS

dimanche 1er juin 2003

Chose promise, chose dûe.

Dans ma dernière lettre, j’avais envie de te parler de cette histoire qui un jour éblouit mes yeux.

Un conte pour enfants m’a réveillé, et oui ! Tout est possible.

Il était une fois un homme. Cet homme vivait dans une grande ville, la capitale d’un pays. On disait alors que cette ville était parmi les plus belles du monde. Une ville de rêve. Avec de grandes avenues, des centres de culture, des machines qui la traversaient dans ses profondeurs à grande vitesse. Sa culture rayonnait dans le monde attirant un grand nombre de visiteurs.

Lui, vivait là, au centre, au coeur. Sa machine à remonter le temps venait de repartir. Il s’y était installé, l’avait débarrassée de sa poussière, en avait vérifié le fonctionnement et, une fois branchée, avait poussé le bouton de mise en marche. Il savait ce jour-là, en y entrant qu’il n’y aurait plus de retour possible. En effet, elle lui avait été léguée par de nombreux grands maîtres hommes ou femmes d’ailleurs, -à partir d’une certaine hiérarchie la différence est abolie, c’est un détail vu le travail à réaliser-. Donc la machine était là. Construite d’après ses propres plans. Cependant ; invisible donc, mais sienne. Son architecture extérieure son corps de tous les jours, ses rouages : son passé, sa force motrice : ne respirait-il pas ? n’avait-il pas pris son petit déjeuner ! . . . Il était paré pour le voyage. Il s’était minutieusement préparé pour cette expédition dans le temps. Son corps était à lui, avec ses limites précises, sa peau, il savait jusqu’où pouvait porter son regard, il savait quels goûts sa langue pouvait reconnaître, il connaissait les parfums que peut porter le vent du large, il avait des piles dans son walk-man, fin prêt pour le départ.

C’est cela qui l’avait incité à partir, le simple fait d’être prêt.

Tout ceci bien sûr, tu peux t’en douter, se préparait depuis des années. Connattre son corps, on sait le travail5 qu’il lui a fallu. Des historiens sérieux se sont penchés sur Sa vie et y ont passé une bonne partie de la leur.

Il vient de partir, ayant appuyé sur le bouton.

Vois-tu, quand je raconte cette histoire, c’est que je ne le vois jamais partir, je me rends seulement compte après qu’il soit parti. Alors, je continue l’histoire...

Tout le monde sait pour en avoir fait l’expérience que le début d’un voyage est un instant difficile à déterminer. Pour notre homme cela revenait souvent dans les questions qu’il posait autour de lui. Si j’étais déjà arrivé, disait-il, je ne pourrais pas dire que le trajet est le voyage, le début du voyage serait donc avant le départ. Avant de monter dans l’avion, non, avant. Mais pour arriver à l’aéroport et me présenter à la douane j’ai bien voyagé puisque je suis venu en voiture. Oui, je suis parti avant. Ne suis-je pas parti lorsque j’ai acheté mon billet à l’agence. Bien sûr que si nous parlions déjà de ce voyage, nous avions même acheté un guide pour pouvoir choisir un circuit.

Il disait nous car il savait avant d’appuyer sur le bouton qu’il n’était pas le premier à accomplir ce geste. Il avait déjà voyagé, remarquant dans l’avion des voisins qui étaient déjà partis avant de monter dans cette machine.

Et le " depuis quand ? " revenait souvent.

Les historiens racontent qu’il était remonté ainsi dans ses souvenirs et suivant cette simple question jusqu’à l’aube de l’humanité. Et en poursuivant la logique que je viens d’essayer de t’esquisser.

Cela avait-il été si simple ? L’histoire revient en arrière à ce moment du récit, un flash back, diraient les gens de cinéma.
On le décrit, sortant d’une histoire d’amour, malheureux, bouleversé, touché dans son orgueil, souffrant, pleurant. La blessure est telle que ses questions se posent avec moins de force à ce moment là, la douleur ne lui en laisse pas le temps.

Chose étrange l’histoire revient encore en arrière au moment d’une précédente rupture. Il vient de tomber, sa cheville s’est tordue dans la chute, il cria tous les gros mots qu’il connaît tout an riant du ridicule de la situation. Puis on le suit dans les couloirs d’un hôpital, des gens l’entourent, le mettent devant une machine, dans le noir, parlent. On la voit ressortir ensuite, le pied grossi, immobile, comme recouvert par une matière blanche.

L’histoire, toujours elle, et suivant la tradition, remonte encore le passé. Elle semble faire le même chemin que lui, tentant d’épouser au plus près la forme de ses pensées. Certains conteurs disent qu’elle y serait parvenue, il me semble que seuls les auditeurs peuvent en juger.

Il a rajeuni, il est enfant, marchant sur la crête d’une montagne. Autour une végétation sèche, un pays du sud, avec un fort soleil, vu la lumière qui l’entoure et les vêtements légers qu’il porte. Il marche, on s’en rapproche, son visage apparaît en gros plan, et, oh surprise, des larmes coulent sur ses joues. Quelle douleur porte-t-il ? L’histoire prend du recul, comme gênée par ces larmes, puis revient, à nouveau se rapproche ? Son regard a changé, la lumière s’y reflète et il sourit à l’oiseau qui passe très haut dans le ciel.

On saura plus tard en remontant le temps qu’il pleure son chien, perdu, cherché et pas retrouvé.

L’histoire pose, sans y répondre une question à ce moment là : Qui a-t-il retrouvé pour que sèchent ses larmes ? Les historiens dont je t’ai déjà parlé avaient pris la peine de s’entourer de statisticiens pour parfaire leur étude, ceux-ci s’étaient penchés sur la question et l’avaient exploitée, mais des différences d’interprétation sur la valeur intrinsèque des réponses ont fait que le résultat de leurs recherches ne nous est pas parvenu et n’a donc pas pu être intégré à l’histoire.

Il apprend à écrire, entouré d’autres enfants. Il court avec eux, il roule, tombe . . . Là encore, des larmes, puis il est entouré par un tourbillon d’enfants, ils repartent, il rit à nouveau avec eux.
Les images tournent, il tète le sein de sa mère, son père contemple la scène.

Père et mère deviennent les personnages centraux, il n’est plus dans l’histoire. Ils ne se connaissent pas encore, on les voit se rapprocher l’un de l’autre par touches successives.

J’hésite à te raconter la suite, tout prend de la vitesse, comme si le temps allait plus vite quand on approche de la source.

On voit naître ses parents, l’émotion de ses grands-parents est décrite avec force détails, couleurs, et l’histoire continue… Je ne peux plus décrire les noms, sache que les naissances, dans ce temps qui s’écoule, semblent liées aux morts. Des personnages surgissent, d’autres viennent de disparaître.

Autour de notre histoire, les décors changent, les gens vivent près de la mer, puis près de la montagne, dans des villes ou des hameaux, tout change très vite. Je raccourcis ; les conteurs disent que seuls les enfants rient à ce passage.

Notre homme n’est pas oublié pour autant. Il apparaît parfois, préparant sa machine, enlevant la poussière, un éclat très doux dans les yeux, une détermination semble l’habiter.

Plus on remontera dans l’histoire, plus il s’approchera de l’instant où sa main pressa le bouton.

Il est parti, c’est vrai, tu fais bien de me le rappeler, en effet, il est parti.

Au revoir, conte pour enfants, on dit qu’il l’écrivit lui-même, je te le confie sans en changer une ligne. Sa recommandation à la fin, un peu comme une morale, était :

"Ecrivez tous les jours un conte pour enfants."

par J.F. Rey-Brot

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