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VERS UNE PSYCHOLOGIE DE L’ETRE

dimanche 1er juin 2003

INTRODUCTION

Une nouvelle conception de la santé apparaît aujourd’hui, du fait de certaines constatations :
- chaque homme a une structure intérieure en partie innée et stable, celle-ci étant pour une part unique, et pour une part commune à l’espèce.
- les éléments qui la constituent (peur, agressivité…) ne sont pas mauvais, mais plutôt neutres et même bons. Cependant, ils peuvent conduire à un mauvais comportement. La répression de l’un d’eux est particulièrement négative : il vaut donc mieux les laisser s’exprimer.
- l’expérience, même éprouvante, est utile puisqu’elle oblige à contrôler ses pulsions. Elle est donc un jalon vers l’affirmation et la confiance en soi.
- l’important est la conscience de soi. Cependant, elle peut s’exprimer et passer par la souffrance et la résistance. Ainsi, la délinquance par exemple, qui est avant tout une révolte par rapport à l’environnement n’est pas mauvaise si elle est une réaction par rapport à quelque chose qui est senti comme mauvais. Cette conscience de soi permet également de dépasser l’asservissement par rapport à la vie ou à un mauvais héritage parental.

Méthode : Utilisation, en psychologie, de l’approche existentialiste. A la base : le concept d’identité ou d’expérience d’identité, et le choix d’une étude phénoménologique. Du savoir expérimental et subjectif, on tire un savoir abstrait pour essayer de définir une psychologie de l’être et du devenir qui s’appuie sur le choix, la connaissance de la peur devant l’avenir, et la recherche d’une psychologie de l’être normal et non seulement du malade (ce concept étant d’ailleurs remis en question).

Il s’agit de redéfinir un sens à l’humain pour son accomplissement, afin de remplacer les différents systèmes de valeurs et références désormais perdus (les " modèles " tels que le héros, le saint, etc.).

I - CROISSANCE ET MOTIVATION

Les névroses ont souvent des causes complexes, mais à la base, on trouve toujours une déficience par rapport à un besoin fondamental (communication, amour...).

On remarque d’autre part que les êtres sains aspirent au développement, et que cela leur procure un désir, dont le dynamisme est la croissance (cf. en particulier chez l’enfant).

Comment définir cette croissance ? L’observation des motivations et des besoins chez les personnes saines montre que ce serait l’ensemble des processus qui conduisent vers la complète réalisation de soi. On remarque par ailleurs qu’il y a à la fois le désir de satisfaction des besoins fondamentaux (manger, dormir, aimer . . .) et une motivation de croissance au-delà de ceux-ci.

  1. L’état de désir ou de manque a souvent été considéré comme mauvais ou gênant pour la personne qui l’éprouve. Cependant, on remarque que ce n’est pas vrai si la satisfaction du désir a été gratifiante dans le passé, et si elle est envisagée ainsi dans le futur (opposition entre les pulsions d’acceptation et les pulsions de refus).
  2. Si le désir est considéré comme négatif, sa satisfaction l’est aussi. Elle laisserait l’individu dans une sorte d’état léthargique, un peu comme le repos. Mais, comme nous allons le voir, c’est au contraire un motif dynamique dans une perspective de développement.
  3. Il faut distinguer les plaisirs (désirs) primaires des plaisirs (désirs) secondaires. Les premiers viennent du besoin de combler un manque, leur soulagement se fait donc dans un but précis, et l’on pourrait tracer une courbe : phase de désir, satisfaction-plaisir, assouvissement-repos ( 1 / 2 \ 3 ). Les seconds sont les plaisirs (désirs) de développement. Le but est à la fois imprécis et inatteignable. Cliniquement, les premiers correspondent aux mécanismes de défense (pour éviter la maladie, la névrose ; le manque), les seconds aux mécanismes de progrès (qui ne peuvent se faire sans difficultés).
  4. Le besoin de combler ses manques est commun à tous les individus (puisque les besoins primaires leurs sont communs), alors que la réalisation de soi est individuelle et différente pour chacun. La satisfaction de ces besoins (désirs) primaires permet d’envisager la réalisation de soi (c’est en fait la condition préalable).
  5. Dans la seconde phase [*]. (celle de la réalisation de soi), l’individu est plus indépendant non seulement par rapport à son environnement et aux stimuli extérieurs, mais aussi par rapport aux autres. En effet, ce qui est extérieur n’est pas envisagé dans la perspective de combler un manque et, comme il n’y a pas d’attente spécifique, l’ouverture est plus totale, le rapport plus indépendant, plus autonome et plus libre.
  6. La thérapie ne sera pas celle du changement, mais celle de l’apprentissage. Les sujets souffrants ont souvent vécu un traumatisme dans le passé (qu’ils ont le plus souvent vécu seuls), et doivent par conséquent apprendre à regarder vers l’avenir.
  7. Défense et croissance : le désir de développement chez l’être normal se manifeste naturellement, mais doit être accompagné d’une pleine satisfaction de ses besoins, en particulier celui de sécurité (il choisira systématiquement la défense plutôt que la croissance). Par exemple, un enfant se lancera facilement à la découverte de la pièce dans laquelle il est s’il part des genoux sécurisants de sa mère. Si celle-ci s’en va, il aura tendance à se laisser tomber à quatre pattes et à ne plus bouger, s’il ne se met pas tout de suite à pleurer sa sécurité perdue. Ce principe de plaisir et de découverte qui est la dynamique de la croissance peut, en dehors du sentiment d’insécurité, être contrecarré par un sentiment d’impuissance ou de manque d’autonomie (l’enfant à la place de qui on fait tous les jeux est mis dans cette situation, tout étant déjà accompli avant qu’il ait eu le temps de découvrir par lui-même).
  8. Désir de connaître et peur de savoir : d’après Freud, la première peur est celle de se connaître (et de se découvrir), ce qui conduit à la peur des autres et à la peur de se développer. D’autre part, la connaissance a souvent été tabou. Idée propagée par la religion (l’homme ne doit pas se comparer à Dieu) et par le pouvoir qui l’utilisait pour asservir, mais aussi pour conserver ses prérogatives (domination économique, sociale, sexuelle, de l’adulte sur l’enfant). Pourtant la connaissance est à la fois un moyen de développement de soi puisqu’elle aide à l’affirmation de soi, et un moyen de réduction de la peur puisqu’elle aide à la compréhension du monde (elle fait donc aussi diminuer le besoin de sécurité qui ,comme on l’a vu, peut être aliénant).

II - CROISSANCE ET CONNAISSANCE

C’est dans les expériences paroxystiques que l’auteur a tenté d’établir sa connaissance de l’être. Dans ces situations, l’individu est dans un état de dépassement de lui-même. Nombreux sont ceux qui ont éprouvé cette sensation au cours d’une expérience précise : être amoureux, être en état de création, de perception exceptionnelles, comme le montrent les réponses au questionnaire établi par l’auteur à ses étudiants. Mais certains sont amenés à éprouver plus régulièrement cette sensation : ce sont les créateurs, les génies, certains religieux etc. L’auteur a trouvé les mêmes caractéristiques, mais plus affirmées, dans les récits autobiographiques de ces hommes.
1) Les effets des expériences paroxystiques :
- détachement : l’autre est envisagé comme un tout, donc mieux perçu, sans jugement excessif ; puisque le rapport avec lui n’est pas instauré par un besoin (un manque dans cette acception).
- perception globalisante : le monde extérieur est mieux ressenti, l’être se sent à la fois plus participant et plus détaché (toujours parce qu’il n’a pas d’attente précise).
- l’expérience est auto-validante : elle est conçue et ressentie comme but, et non comme moyen.
- perte de l’évaluation spatio-temporelle, liée à un sentiment d’universalité.
- l’expérience est toujours liée à la perception de l’unité, soit que. la totalité du monde soit perçue comme une unité, soit qu’une partie soit perçue comme une unité (sans doute parce que dans ces moments, les attributs de la totalité de l’être sont en jeu et en fonction).
- la conception que l’on a des choses n’est basée ni sur la classification, ni sur l’abstraction, qui sont des barrages à. la compréhension et à l’appréciation.
- après avoir été vécue, l’expérience est souvent associée à l’indicible, ou même à la mort.
- disparition des inhibitions et de la peur, et donc résolution de la dichotomie entre principe de plaisir et réalité. (On remarque, dans ces situations, une certaine " perméabilité " par rapport à l’inconscient).
- si la validation interne de ces états est certaine, vus leurs effets sur la personne (nettement bénéfiques et agréables), on peut se poser des questions quant à leur validation externe. Certains savants reconnaissent une utilité à ses expériences, dans la mesure où cette sorte de libération, de fusionnement de l’esprit leur permet de découvrir des associations, des schémas, etc. qu’ils n’auraient pu trouver par une voie de recherche plus strictement scientifique. Par contre, une oeuvre exécutée dans l’enthousiasme de la création par un amateur peut laisser à désirer quant à son résultat. Mais l’important n’est-il pas le moment fort qui a été vécu et ses conséquences sur la personne ?
2) L’expérience paroxystique comme expérience d’identité ;
Une série de constatations montre que, lors des expériences paroxystiques, l’individu semble être dans un rapport privilégié avec lui-même sentiment d’unification, de cohérence, fusion avec le monde extérieur, avec ce que l’on fait ou avec l’être aimé, " plein régime " des capacités, facilité et aisance du fonctionnement intellectuel ou physique, sentiment de responsabilité, besoin d’activité, attitude plus spontanée, plus naturelle et à la fois plus contrôlée, créativité. On est donc au maximum de l’individualité, de l’unicité et de la réalisation personnelle. De plus, l’individu se sent gai et plein d’humour, vit par rapport au moment présent, ne ressent ni besoin ni désir car ceux-ci se fondent dans un sentiment d’accomplissement et de réussite. Il éprouve souvent une sorte de lyrisme et se sent dans un état de grande excitation ou de grande sérénité.
3) Les dangers :
Avec les expériences paroxystiques, on peut dire que l’on approche, même que l’on atteint, la " connaissance E ",comme la nomme l’auteur, c’est-à-dire la pleine connaissance de l’Etre. Mais ces états ont malgré tout quelques inconvénients. Ainsi, la tolérance due à la compréhension peut aller jusqu’au manque de discernement, et s’accompagner d’un fatalisme qui se traduit par un manque de responsabilité par rapport aux événements, et surtout par rapport à autrui. La tentation de l’esthétisme et le sentiment de l’incompatibilité entre l’état de création et l’action peuvent être des fuites devant le réel, en particulier devant les positions morales ou pratiques. On sait, par exemple, que les génies sont souvent de véritables assistés quant à leur vie quotidienne et sociale. Mais ce type de vie n’est pas donné à tout le monde, et la personne en voie de réalisation de soi a autant besoin de vivre dans l’action et dans le monde concret que de vivre des expériences paroxystiques.

III - LA CREATIVITÉ

Il est nécessaire de mieux définir cette notion pour voir quel est son effet dans le développement et la réalisation de soi :
- Remarque 1 : la créativité n’est pas l’équivalent de la santé psychique, mais elle peut en être un des facteurs.
- Remarque 2 : la créativité n’est pas le seul fait des artistes : tout acte bien accompli et original fait preuve de créativité (une bonne soupe maison est meilleure qu’un mauvais tableau). Il est donc nécessaire de porter un jugement individuel, plutôt que de coller une étiquette par rapport au type d’activité exercée. Les personnes qui ont des capacités créatives, dans quelque domaine que ce soit, et qui parviennent à les réaliser et à les développer ont la plupart du temps franchi une étape de la réalisation de soi. D’autre part, on remarque qu’elles sont souvent plus ouvertes. Ce serait donc un des critères de " santé " et de connaissance de l’Etre.

IV LES VALEURS

1) Réalités psychologiques et valeurs humaines :

Depuis longtemps, en essaie de construire un système de valeurs naturelles et psychologiques dans le but du bien-être, de l’éducation, et de l’idéal humain.

a) le libre choix : on remarque que les animaux font différents choix (exemple : pour la nourriture) et que ce qui réussit à ceux qui ont bien choisi réussit également aux autres. Cependant, il est difficile d’établir le bon choix pour les êtres humains, bien que l’on puisse remarquer une certaine " sagesse du corps " (chez le nouveau-né qui refusera le lait qu’il ne supporte pas par exemple). Le point commun entre animaux et humains est dans les besoins fondamentaux. Mais l’humain a en plus des besoins d’explorer ses capacités selon des différences constitutionnelles, qui vont donc faire différer les valeurs de l’un à l’autre.

b) besoins fondamentaux et structures hiérarchiques : l’être humain a des besoins psychologiques autant que physiologiques, qui doivent être comblés par l’environnement.
- comme on l’a déjà vu, une fois qu’un besoin fondamental est satisfait, un autre plus secondaire s’y substitue, qui tend davantage vers le devenir.
- or, chaque individu porte en lui un désir et des capacités ou potentialités qui tendent vers la réalisation de soi, ce qui résoud la dichotomie entre l’Être et le Devenir, puisque chacun est à la fois ce qu’il est et ce qu’il aspire à être.
- l’environnement ne crée rien, mais il aide à réaliser les potentialités embryonnaires chez chaque individu : il est donc indispensable.
- l’instinct n’est pas mauvais en soi, comme il pourrait sembler à première vue ( agressivité, violence). Tout dépend de la situation (qui et pourquoi). Il y a une agressivité " saine" qui répond à certaines situations (voir introduction). Cependant, les personnes savent garder le contrôle de soi et s’autoréguler.

2) forces régressives et psychopathologie :

Le problème naît lorsque le désir (besoin) de développement est moins fort que les autres. D’une part, il y a la répression fréquente des besoins fondamentaux par l’environnement, d’autre part le choix continuel que doit faire l’individu entre ses tendances négatives (régression, peur...) et ses tendances positives. Si la nature humaine a une grande force, celle de pouvoir accéder à la connaissance de soi, ce qui la fera pencher vers la santé, on doit aussi tenir compte de sa grande faiblesse toujours présente qui réside dans la peur et l’hésitation devant la réalisation de soi.

3) Valeurs, développement et santé :

- Pour essayer de définir l’être humain en trouvant quelles sont ses valeurs psychiques et biologiques on se heurte à la culture en premier lieu, qui est souvent plus forte), il faudrait trouver un " spécimen " qui serait " celui qui sait choisir sainement ".
- La santé serait en fait un perpétuel va et vient entre les besoins de développement et les besoins de régression saine. Ces derniers, appelés également " valeurs de louvoiement ", sont les besoins de sécurité, de calme, etc... qui s’opposent aux valeurs de défense ou régression non saine.
- La thérapie devrait être une aide à la découverte des valeurs intrinsèques et authentiques de l’individu : c’est donc avant tout une recherche de l’identité.

Remarque : la santé n’est pas l’adaptation totale à l’environnement (le soi n’est pas un instrument d’adaptation) ; elle réside au contraire dans le fait de connaître et de sauvegarder sa propre différence. (Par exemple, l’inconscient, qui est totalement détaché de l’environnement, fait partie intégrante du psychisme).

V - PROSPECTIVE

S’il y a des potentialités positives chez tous les individus, elles peuvent être modifiées, soit qu’elles soient rejetées par l’environnement, soit qu’elles le soient par un processus intrapsychique (souvent causé par la peur, comme on l’a vu). Mais il faut bien voir que la répression ne tue pas ce qu’elle réprime : le refoulé subsiste comme déterminant actif de la pensée et du comportement. La frustration n’est pas la seule source des maladies psychiques, les maladies de la personnalité provenant de l’arrêt du développement et de la réalisation de soi.

Inconscient, régression et processus primaires ne sont pas mauvais. La réalisation de soi vient de l’acceptation et de l’expression de son soi ou noyau intérieur, ainsi que de la réalisation de ses potentialités ou de ses capacités. Les capacités sont des besoins, qui doivent être satisfaits. Il faut " laisser être " les enfants, et non les surprotéger ou faire les choses à leur place.

La névrose est une perte de capacité. C’est l’expression d’une défense ou celle d’une expression déformée du noyau intérieur. Il faut trouver les valeurs intérieures de l’humain d’autant plus maintenant que les valeurs extérieures font défaut (niveaux politique, économique, religieux...).

La dichotomie est cause de pathologie (ex : entre plaisir et devoir), cependant, la dichotomie entre les deux formes de connaissance - impulsion et pensée scientifique - est erronée, puisque la première est la source de la seconde et la complète (ce sont sur ces deux tableaux que jouent les savants amateurs des expériences paroxystiques).

VI - RÉSUMÉ

1) Les besoins de développement :

Moins étudiés que les besoins fondamentaux jusqu’à présent, ils paraissent cependant aussi importants. L’auteur s’attache à les définir comme :
- communs à l’espèce humaine, puisque tout individu porte en lui un besoin de découverte dès le plus jeune âge (phase de croissance), puis de connaissance (phase de développement et de maturation) ;
- particuliers à chaque individu, car ils s’appuient sur des potentialités ou des capacités que chacun a en lui suivant sa constitution et sa personnalité ;
- " secondaires ", dans la mesure où ils nécessitent que les besoins fondamentaux ou primaires aient été satisfaits ;
- nécessaires à l’épanouissement de l’individu, car ce sont eux qui lui donnent le sentiment de son identité. Leur blocage, comme celui des besoins fondamentaux, provoque une frustration et peut aller jusqu’à déclencher une maladie de la personnalité.

2) Expériences paroxystiques et créativité :

Ce sont deux moyens pour exprimer ses capacités, pour se sentir pleinement être. Si les expériences paroxystiques ne sont pas le fait de tous les individus, la créativité, sans se manifester par un état spécial comme c’est le cas pour ces expériences, est accessible à tous et à tous moments. Elle peut se manifester dans les plus petites choses de la vie quotidienne, du moment qu’elle exprime quelque chose de profond ou simplement de vraiment personnel. Ce peut être une activité particulière ou même simplement une façon originale de concevoir se vie et ses rapports avec autrui. C’est ce petit quelque chose en plus qui fait que l’être a l’impression de s’atteindre, de se découvrir lui-même. Arriver à faire découvrir à chacun ce qu’il est quand il exprime ce type de chose ou ce qu’il pourrait être s’il y arrivait, c’est cela le but de la psychologie de l’être.


[*Cette postériorité n’est pas due au temps, à l’âge, mais bien au fait qu’elle implique le dépassement de la première phase. Un jeune enfant connaît une phase de développement et de croissance conséquente à la satisfaction de ses besoins primaires.